lundi 17 septembre 2007

Bordel

J'ai toujours été fasciné par les bordels, les endroits louches, secrets, tapis dans l'ombre, à l'abri des regards, à l'abri des foules, ces endroits isolés, où l'on descend des escaliers qui nous mène dans une autre dimension, un autre monde, un monde rempli d'espaces et de portes closes. Ce sentiment étrange d'un univers inexploré, secret, dans une ville, un milieu urbain, et qui n'est connu que de moi seul et de quelques initiés, un endroit hermétique rempli de putains.
Je me souviens d'un jour, à l'adolescence, je me souviens de ce jour où je suis entré par infraction. Une école abandonnée, une école juste en face de chez moi, une école que j'ai défoncé avec des amis pour mieux y entrer, une école que j'ai forcé pour mieux voir ses entrailles, pour voir ce qu'elle cachait, ce qu'il y avait dans son sous-sol, dans son ventre. Nous sommes entrés par infraction, comme on viole une femme, nous avions violé une tonne de brique, nous avions violé une règle, transcendé un tabou, nous avons pénétré dans un sous-sol, descendu ses escaliers, ouvert la porte après avoir pris soin d'uriner sur les murs. La jouissance de la découverte de ce corps de béton s'est alors interrompue par les cris de mes parents, les cris de la loi, des cris qui en disaient long sur le châtiment qui m'attendait. C'était il y a quelques années de cela, le coït s'était interrompu.
Aujourd'hui je me promène, je marche, je ne sais pas trop où je vais, je joue les itinérants, je déambule en état de conscience, je fais le tour de la ville. Je n'ai aucun but que celui de marcher, je prends l'air, je respire l'air d'un automne qui vient à petites feuilles. Au loin j'aperçois un trou, genre de crevasse qui n'a pourtant rien à voir avec une grotte, le ciel est sombre mais je perçois une parcelle de soleil. Je m'arrête devant cet espace, devant cette entrée invitante, qui me parle et me dit d'entrer, de pénétrer à nouveau. Je ne connais pas cet endroit, j'ignore tout de ce lieu, de ce qu'il cache, de ce qu'il dissimule, de ce qu'il y a derrière ses murs. Aucune voix intérieure ne me dit de ne pas y entrer, je n'ai aucun surmoi qui m'empêche d'avancer, je suis guidé par une voix, par une seule voix, celle qui me dit d'avancer, de marcher, d'ouvrir la porte, de descendre les escaliers, de découvrir ce lieu.
Théoriquement c'est la première fois que je visiste cet endroit et pourtant j'ai une vague impression de déjà-vu, l'impression d'avoir déjà vu ces murs, ces femmes longés le long des murs, ces tables où l'on sert de l'alcool, de cet ex-copine à moitié nu qui semble s'offrir au premier venu et de ce petit passage, ce petit corridor derrière le comptoir qui n'arrête pas de m'intriguer. Les filles me regardent, me dévisagent, je sais qu'elles savent qui je suis. On ne se connait pas, on ne s'est jamais vu pourtant.
Un orgasme pousse en moi, un sentiment d'être dans un endroit interdit, illicite, hors-la-loi, un endroit à l'abri des regards, un sous-sol sombre où les femmes regorgent, s'offrant librement. Je passe à côté d'Annick, une de mes ex-copine, je ne savais pas qu'elle se tenait ici, dans l'ombre, caché dans un coin, attendant qu'on lui fasse une offre qu'elle ne peut refuser. Ses longs cheveux noirs font d'elle la reine de la soirée, mais il n'y a aucun homme pour la prendre, je fais tout pour l'éviter. Elle m'a vu et pourtant je refuse de la voir, de la regarder dans les yeux et j'avance dans une autre dimension, j'avance dans ce couloir secret, camouflé derrière le comptoir. Suis-je dans un bar de danseuses ? Rien n'est certain dans ma tête, je crois que oui, mais je ne peux le confirmer. Les filles me regardent m'éloigner d'elles, je flirte avec l'inconnu, où suis-je ? où vais-je ? je ne sais pas, je n'en ai aucune idée pour le moment, tout ce que je sais c'est que j'avance vers un endroit qui me parait plaisant.
Il y a beaucoup de portes devant moi, de chaque côté des portes s'ouvrent, se ferment, il y a beaucoup de va-et-vient, des femmes, des hommes, des femmes de couleur, d'ethnies et d'origines différentes, de tous les âges ou presque. Les pièces aussi sont différentes, de petites et grandes pièces et plusieurs matelas, tous jonchant le sol, placés de différentes manières, les uns à côtés des autres par endroit. Il doit être dix heures du matin, il est encore tôt, les filles ne semblent pas toutes présentes au rendez-vous à ce que j'entends, mais elles devraient arriver bientôt, elles devraient remplir ces petites pièces vides.
Je me trouve dans un bordel, une maison-close ou dans ce cas-ci un sous-sol clos. Je n'arrive pas à croire qu'il y ait autant de filles, autant de jeunes et jolies filles prêtent à s'écarter devant autant d'inconnus. Je ne connais pas les prix, je ne connais rien à ce genre d'endroit dont j'ai pourtant rêvé à plusieurs reprises. Tout ce que je sais c'est qu'il y a une jeune noire grassette qui veut me sauter, elle me colle, elle ne me lâche pas et moi qui voit autour tellement de filles plus apétissantes qu'elle. Moi c'est pas la jeune noire grassette qui m'intéresse avec son gros cul, mais les autres autour de moi, j'ai pas envie de payer pour une jeune noire grassette avec une vulve ébène et ses grosses lèvres de rouge à lèvres. Mais faut croire que si je veux baiser, je n'ai pas vraiment le choix, les autres sont toutes prises, elles sont en train de forniquer solide dans des coins reculés, dans des isoloirs à porte ouverte, pendant que moi j'ai ma négresse au cul, elle se cramponne à moi comme un petit chien après la jambe d'un invité. Je suis son invité et je dois la sauter, le pimp n'est pas très loin, très gentil d'ailleurs avec son épouse, je ne dois pas les décevoir.
Et pendant ce temps, je pense à mon ex dans l'autre pièce, comment se fait-il qu'elle soit devenue une pute ? Il serait tout à fait illégitime que je baise mon ex ou du moins que je la paye pour la baiser. Pourtant je me dis que ce serait bon, qu'elle vaudrait pas mal plus que cette putain de négresse qui tourne autour de moi depuis tout à l'heure avec ses ongles rouges. Mais j'ai envie de baiser d'autant plus que je suis dans cet endroit interdit. L'interdit n'est-il pas un bon aphrodisiaque. Alors que je commençais à bander à l'idée de m'introduire dans un vagin d'ébène, voilà que la fille en question a disparue, volatilisée. S'est-elle écoeuré de mon manque d'enthousiasme ? A-t-elle décidé de se faire baiser par un nouveau venu, un étranger ?
Je continue de faire le tour des lieux, beaucoup de portes, pour l'instant peu de putes, beaucoup de pièces vides, mais je sens qu'elles s'en viennent, je sens qu'elles vont bientôt venir se trémousser devant mes yeux et que je vais avoir le choix. J'ouvre une porte, je vois une baise, elle chevauche l'homme dans une pièce minuscule, à peine plus grande qu'un siège de toilette. Je referme la porte. J'ouvre une seconde porte, la pièce est vide, je décide pourtant d'en faire le tour. Rien. Troisième porte, la négresse aux ongles rouges se dandinent sur un mec, elle fait aller son popotin sur un mec, je vois la queue du mec s'enfoncer goulûment dans le vagin de la négresse grassette. Crisss ! j'ai manqué mon coup, je me retrouve seul, isolé à mon tour, dans une pièce vide. Une fille vient me voir, une jeune fille, à peine 19 ans, j'ai les larmes aux yeux, elle vient jaser avec moi, elle semble timide, elle n'est pas à sa place. Je n'ai pas envie d'elle, elle fait pitié, j'ai seulement envie de la sauver, de l'emmener hors d'ici. Elle me raconte comment elle en est venu à faire la pute.
Je ne savais pas qu'il y avait autant de putes à Trois-Rivières. Suffit de creuser un tout petit peu.